MA MAISON
«  Yahvé Elohîm plante un jardin en Edèn au levant. Il met là le glébeux qu’il avait formé ». ( Genèse 2, 8 ).  
J’aime bien ma maison. 
C’est mon lieu, 
Là où je me repose des tourbillons, 
Là où je peux me laisser aller à la transparence, 
Là où j’ai mes livres, mes photos, mes fleurs, 
Là où je peux accueillir le rire ou la peine de l’autre. 
C’est le socle de mon assise, de mon identité, de ma liberté... 
Surtout, aussi, c’est là que je retrouve Odile  
Le foyer que l’on forme ensemble. 
Voilà pourquoi je l’aime ma maison ...
Mais il y a plus, 
Il y a mon immeuble, mon quartier, ma ville, ma région. 
J’y ai mes habitudes et mes itinéraires. 
J’y croise des familiers :  
La boulangère qui me garde mon pain,  
Mes voisins à qui je souris,  
Les mêmes inconnus qui passent aux mêmes heures dans la rue... 
Et surtout aussi c’est là qu’habitent mes amis 
Ces personnes qui me reconnaissent  
Et avec qui je me sens bien 
Parce que je les aime. 
Ma région c’est aussi ma maison ...
Au delà encore il y a mon pays, 
Cet ancrage que je retrouve toujours avec une immense joie 
Lorsque j’ai fait une escapade,  
Avec ses montagnes, sa verdure, ses quatre grands fleuves, 
Avec ses églises romanes et ses châteaux, 
Avec ses vins et ses fromages... 
Et surtout aussi il y a ces hommes qui me ressemblent, 
Bien que leurs accents soient divers, 
Avec qui je partage le même lait 
Sans toujours le savoir. 
Mon pays c’est aussi ma maison ...
En dessous il y a encore plus, 
Il y a la Terre qui me porte, 
Cet être mystérieux, 
Qui me précède de plusieurs milliards d’années, 
Avec ses climats et ses saisons, 
Avec ses glaces et ses feux, 
Avec son eau et son argile... 
Et surtout aussi il y a cette vie 
Qu’elle fait surgir de toutes parts 
En permanence, inlassablement, 
Et dont je m’abreuve moi-même sans compter. 
La Terre c’est aussi ma maison ...
Plus loin encore, il y a plus, 
Il y a le Soleil, mon étoile, 
Qui m’irradie de son énergie, 
Avec sa lumière et sa chaleur, 
Avec son aura et sa force 
Qui le posent comme centre de notre portion d’Univers. 
Et surtout aussi il y a ces terres sœurs, les planètes, 
Qui gravitent avec nous autour de lui, 
Auxquelles les hommes ont donné des noms  
Comme pour se les approprier. 
Le Soleil et son espace, c’est aussi ma maison …
Et puis, toujours au delà, il y a cette myriade de soleils, les étoiles, 
Qui scintillent dans le ciel par nuits noires, 
En formations plus ou moins vastes, aux noms qui font rêver : 
De très brillants, d’autres plus pâles, 
Dont la clarté rouge, blanche ou bleue 
M’arrive après un chemin fou 
Qui se compte en années lumières. 
Et surtout aussi il y a la Voie Lactée, 
Ce superbe ruban diamanté 
Qui se déploie sur la voûte 
Et m’entraîne dans sa spirale. 
Ma galaxie, dans l’inouï de son étendue, 
C’est aussi ma maison …
Et puis, enfin, aux confins, il y a ces milliards de mondes 
Qui s’activent quelque part dans l’apparent silence : 
Ces nuages gigantesques de gaz qui s’étirent, 
Ces quasars, ces trous noirs, tous ces objets célestes 
Perdus au milieu de la matière sombre... 
Et puis surtout, il y a cette course effrénée des galaxies qui se fuient 
Au rythme vertigineux de l’expansion de l’espace, 
Marche éternelle, irrémédiable, qui m’emporte moi aussi, 
Et qui recèle en son mouvement 
Une part des secrets du commencement et de la fin. 
Ce cosmos, dans sa splendeur et son immensité, 
C’est aussi ma maison ...
Jamais je ne te dirai assez merci Yahvé Elohîm 
De m’avoir fait advenir dans ce jardin extraordinaire 
Et de me l’avoir, ainsi, gratuitement, donné comme demeure. 
Vraiment, je t’assure, je te rends grâce. 
Permets que je conserve toujours en moi, 
L’image de ce superbe incommensurable; 
Que cette empreinte me soit un recours 
Aux heures où les événements m’embrouillent,
En m’ouvrant grande la porte  
Du recul qui tempère, 
De la sérénité qui calme,  
De la paix qui restaure.